Archives mensuelles : février 2026

Journée de lancement du programme IntrigAnt

Le 20 mars 2026 aura lieu la première journée du programme IntrigAnt Suspense, curiosité et surprise dans les narrations antiques, programme animé par Louis Autin, Rémi Bénière et Romain Loriol (Lyon-3). Elle aura lieu de 9h30 à 18h dans la salle des Actes et dans la salle de la Fresque (D306) de Sorbonne Université.

Présentation du programme

Selon la narratologie générale (Sternberg 1990 et 1992, Baroni 2007), suspense, curiosité et surprise sont les trois émotions principales que l’auteur d’un texte cherche à susciter chez le récepteur et qui constituent la tension narrative. Depuis plusieurs années, les spécialistes de la littérature antique ont cherché à appliquer ces outils aux textes anciens, composés et reçus dans des conditions très différentes des œuvres étudiées par les narratologues d’aujourd’hui. Ces travaux collectifs ont surtout porté sur la littérature grecque (Liotsakis 2019, Konstantakos & Liotsakis 2021) avec un intérêt particulier pour le corpus homérique (déjà Duckworth 1936), ou dans une perspective diachronique longue dans laquelle l’Antiquité occupe une place marginale (Grund, Kirstein & Wagner 2024).

Il faut cependant remarquer que les spécificités du contexte antique invitent à s’interroger sur l’usage des outils narratologiques contemporains. Plusieurs pistes seront suivies. L’une touche à la réflexion sur les catégories émiques (comment les Anciens, en particulier dans la rhétorique, nomment le suspense). Une autre concerne la plus grande représentation dans la littérature antique des récits factuels (narrations historiographiques et rhétoriques) par rapport aux récits fictionnels (narrations romanesques), ce qui marginalise de fait le suspense simple (le récepteur du texte anticipe le dénouement de l’intrigue, qu’il ne connaît pas) au profit du suspense par anticipation (le dénouement de l’intrigue est évoqué mais reste ambigu) ou du suspense moyen (le dénouement de l’intrigue est connu mais les circonstances de celui-ci restent à déterminer). D’autre part, la rareté de la lecture individuelle et silencieuse par rapport à la performance orale et collective couplée à la distribution sociale de ces activités impliquent une diversité de compétences encyclopédiques qui doit absolument être prise en considération. En effet, la tension narrative ne peut s’envisager sans déterminer ce que le récepteur connaît de l’intrigue. Or de la narration rhétorique adressée aux juges, mais aussi au public des coronae du forum, à la narration historiographique conçue pour un public aristocratique mais également objet de performance orale dans les recitationes en passant par la narration épique qui servait de support à l’enseignement de la langue, la variété des publics implique des horizons d’attente et des compétences de décodage diverses. Le rôle prégnant des intertextes et la plasticité de certaines intrigues (ainsi dans la mythographie) complexifient encore l’enquête.

Programme de la journée du 20 mars

5e séance du séminaire doctoral “Antheia”

Le séminaire doctoral Antheia, réunissant les doctorants des ED 022 (Mondes antiques et médiévaux) et ED 124 (Histoire de l’art et archéologie) et organisé par Sarah Filliatreau, Sofia Gazea, Aurélie Sicabaigt Lapeyre et Pierre Zuliani, tiendra sa cinquième séance de l’année 2025-2026 le mercredi 18 février de 17h30 à 19h30 dans la salle D421 (Maison de la Recherche).

La séance portera sur les modes de représentation des Romains et comportera deux communications, de David Cornillon et Manon Courtois.

Buste de Gordien III, inv. n°1063, Musée du Louvre, crédit : © 2011 Musée du Louvre, Dist. GrandPalaisRMN / Thierry Ollivier
  • David Cornillon, “Comment faire d’un adolescent un empereur ? L’exemple du buste cuirassé de Gordien III du musée du Louvre”

Éphémère empereur adolescent au début de la période dite des « empereurs-soldats », où l’Empire romain est en quête de continuité, Gordien III (238-244 après J.-C.) est pourtant le souverain dont nous conservons le plus de portraits et de bases honorifiques, au milieu de l’instabilité politique du IIIe siècle après J.-C. Parmi eux, l’exceptionnel buste à mi-corps cuirassé découvert à Gabies (à l’est de Rome), aujourd’hui au musée du Louvre (inv. 1063), nous offre l’image saisissante d’un jeune homme à peine sortie de l’adolescence et déjà pousser à assumer son rôle militaire face aux menaces extérieures. À travers la présentation de ce chef-d’œuvre de la portraiture impériale nous proposons de revenir sur ce personnage, son époque, ses portraits et sur l’idéologie politique que tente de transmettre son image officielle.

  • Manon Courtois, “Des Grecs comme les autres ? Perceptions romaines des Grecs de l’Ouest à travers l’usage de l’adjectif transmarinus

Les travaux des historiens se sont longuement penchés sur la perception que les Grecs avaient des Romains, d’abord vus comme des barbares avant d’être réhabilités au IIe siècle, à mesure que leur domination s’étendait sur l’ensemble du bassin méditerranéen. Cette communication propose d’inverser les regards et de questionner la manière dont les Romains percevaient les Grecs vivant sur les côtes des mers Adriatique et Ionienne (du Sud de l’Illyrie jusqu’au Péloponnèse). Nous interrogerons ainsi l’emploi de l’adjectif transmarinus, d’outre-mer, souvent utilisé pour qualifier ces peuples, afin de comprendre comment les Romains les appréhendaient. Ces réflexions nous amènerons à questionner plus largement la perception géographique que les Romains avaient de la Méditerranée.